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NOS OUTILS CONDITIONNENT NOTRE FAÇON DE TRAVAILLER, DE PENSER NOTRE ACTIVITÉ

par anarchiviste | Mai 5, 2026 | Pratique

crédit photo Lucas Santos - Unsplash

Quand j'ai commencé à écrire plus sérieusement, mon pote Axel m'a dit : « Choisis un stylo que tu aimes, qu'on t'a donné par exemple. » Je reconnais là son souci de la dimension supérieure, de l'émotion. Ça a changé ma façon de voir l'écriture, et au-delà à me questionner sur l'outil.

Parce que, c'est quoi un outil ?

Selon la classification des objets techniques de Gilbert Simondon (philosophe des années 50), un outil ne possède pas son principe de fonctionnement en lui, c'est un objet au travers duquel on imprime le mouvement, la dynamique, le savoir. Un marteau n'est rien tant qu'on ne lui a pas imprimé la dynamique « d'enfoncer le clou ». D'un point de vue fonctionnel, l'outil est un dispositif par lequel on accomplit une tâche spécifique (qu'ils soient numériques ou non), mais c'est également un système d'interaction entre l'utilisateur et l'activité. D'un point de vue systémique, c'est le médiateur qui change le rythme de notre travail. Si certains dispositifs accélèrent notre rythme, d'autres le ralentissent. Ce sont des prolongations de nous-mêmes ; un dispositif peut nous augmenter mais peut aussi réduire notre concentration profonde. Selon Marshall McLuhan (philosophe canadien du XXe siècle) : « Certains médiums amplifient certaines capacités tout en en neutralisant d'autres. »

Comment les outils conditionnent notre vision de l'activité ?

Les outils structurent notre pensée. Ils nous font entrevoir des chemins, des directions différentes. En modifiant le médium, nous changeons notre rapport à l'activité. En utilisant un tableau Kanban (outil de gestion de projet qui utilise des cartes et des colonnes), cela nous oblige à décomposer les actions en tâches discrètes. Mais si nous utilisons un autre procédé, nous verrons le projet autrement (la méthode Scrum par exemple). Ils créent des patterns mentaux. Chaque outil impose sa propre logique, hiérarchise notre façon de faire, et donc d'être. Linéaire, spatiale ou chronologique.

La dimension émotionnelle de l'outil

Un mauvais choix de dispositif peut entraîner de l'anxiété, une surcharge d'informations. Une série de notifications fragmentées va vous faire perdre le fil de votre pensée, donc une perte de sérénité, de la distraction. Un mauvais moyen ou des outils trop nombreux peuvent créer l'illusion de la productivité ; c'est souvent dans la brèche de la confusion que s'engouffrent les promoteurs de logiciels : « Nos 10 outils les plus pratiques pour faire ceci » ou encore « Tes 5 outils indispensables pour gagner en productivité ». Pourquoi ? Parce que c'est pratique. Mais est-ce vraiment pratique pour vous ? On confond chemin et résultat. Pour être « pratique » ou plutôt pour remplir sa fonction de « transmettre », il doit y avoir un alignement émotionnel avec l'outil. Le bon outil apaise et donne de la sérénité. On se sent capable et confiant. On entend souvent « ce n'est pas l'outil qui fait le bon artisan » ; certes non, mais il contribue à l'alignement parfait : cerveau, mouvement, résultat. Un bon dispositif réduit la charge mentale, il doit nous ressembler et favoriser une relation positive à l'activité.

Comment choisir les bons outils ?

Ce sont précisément ceux qui vous ressemblent que vous allez adopter. Ceux qui suivent votre schéma de pensée, votre manière de faire. En ce sens, il n'y a pas de mauvais outils. Un bon outil s'adapte à vous, pas l'inverse. Vous projetez en lui une âme, il devient incarné par vous. Personnellement, quand je regarde mon Caran d'Ache noir qui me sert pour la prise de notes, je vois un personnage austère, classe, mais efficace, une sorte de James Bond de l'écriture. La bonne question à se poser devient alors : est-ce que cet outil augmente mes forces naturelles ? Ou au contraire est-ce qu'il les restreint ?

Conclusion

Choisir les bons outils n'est pas uniquement une question technique mais une question de relation à soi, une relation personnelle, presque philosophique. Les outils racontent votre histoire, celle de vos priorités, de votre rapport au temps, de vos valeurs. Alors, avant d'adopter le prochain outil à la mode, demandez-vous : qui est-ce que je veux être dans mon travail ?

Albums écoutés en rédigant cet article :

Alice Coltrane "Journey in Satchidananda"
Charles Mingus "Mingus Ah Um"

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